La passion pour la télégraphie Chappe a germé en Maurienne au début des années 2000. A cette occasion, plusieurs associations locales se sont vouées à la recherche des anciens postes télégraphiques qui constituaient la ligne de communication entre Paris et Venise au début du XIXème siècle. Le premier poste identifié a été celui du Mollard Fleury, sur la commune de Sollières-Sardières. Dans la foulée, ce sont ceux du Courberon, sur Avrieux, et du Plan de l’Ours, sur Saint-André, qui ont été découverts.

Au lendemain d’opérations de fouilles sur les différents sites, l’idée de réhabiliter cette ancienne ligne est rapidement née dans l’esprit des passionnées. C’est dans ce cadre que les postes de Saint-André et de Sollières-Sardières ont été reconstruits et remis en état de fonctionnement. A l’heure actuelle, seul le poste d’Avrieux est manquant pour assurer le rétablissement d’une communication, prouesse qui n’a jusque là jamais été réalisée en France !

L’épopée de la télégraphie Chappe démarre dans le tumulte de la Révolution française. Oppressée et encerclée par ses ennemis coalisés, la France ressent la nécessité de bénéficier d’un système de transmission rapide des messages. C’est ainsi que le 4 août 1793, la Convention nationale décrète la création d’une première ligne télégraphique entre Paris et Lille, ligne qui s’appuierait sur le système mis au point par Claude Chappe, physicien originaire de la Sarthe.

Ce nouveau système fait rapidement ses preuves et la Convention fait le choix de développer le réseau télégraphique. C’est dans ce contexte que les lignes Paris-Strasbourg (1798) puis Paris-Brest (1799) sont créées. Il faut attendre 1805 pour qu’un premier tronçon de la ligne soit construit entre Paris et Lyon. Ensuite, de crainte d’une reprise des hostilités avec l’Autriche, la ligne est prolongée jusqu’à Turin en 1806, jusqu’à Milan en 1809 et finalement jusqu’à Venise en 1810. Etalée sur quelques 1 200 km grâce à ses 124 stations, cette nouvelle ligne de communication permet de relayer des messages en 24 heures quant il fallait 5 jours auparavant.

Le système Chappe repose sur l’échange de signaux optiques retranscrits au sommet d’un mât vertical à 7-8 mètres de hauteur. L’ensemble est manœuvré par des stationnaires qui se relayent tous les jours. Au dessus d’eux, inspecteurs et directeurs sont chargés de la surveillance des lignes et de la transcription des messages.

En totalité, 92 signaux peuvent être produits. Le vocabulaire, qui permet la transcription des messages, comprend 92 pages de 92 lignes chacune, soit 8 464 mots. La transmission se fait donc par groupes de 2 signaux, le premier indiquant le numéro de page, le second le numéro de ligne.

A Avrieux, sur le site du Courberon, les travaux de restauration sont en cours grâce aux efforts de l’association « Avrieux, Mémoire et Patrimoine », créée en 2015 pour l’occasion, et de la Mairie d’Avrieux. Prochainement, la communication entre trois postes consécutifs pourra donc être rétablie.

La télégraphie Chappe et le patrimoine des communications viendront ainsi se greffer au très riche patrimoine avriolin !